Don Pasquale, le premier opéra adapté en LSF

Don Pasquale, le premier opéra adapté en LSF

Accueillir des personnes Sourdes et malentendantes à l’opéra peut sembler paradoxal. Et pourtant l’univers visuel de la mise en scène, de la scénographie, des costumes et la dramaturgie du livret font de ce genre artistique un très large espace d’émotions et de culture même pour ceux qui ne peuvent accéder ni à la musique ni aux voix.

Afin d’ouvrir son répertoire au plus grand nombre, l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie, accompagné par Accès Culture, prend cette saison plusieurs initiatives concrètes afin d’informer, préparer et accueillir dans les meilleurs conditions des personnes Sourdes ou malentendantes sur plusieurs opéras avec le surtitrage adapté et une première adaptation en LSF pour l’opéra.

Si, dès 2012, Carmen, opéra sauvage (compagnie Danse des signes), fut la première rencontre entre une œuvre lyrique et la langue des signes française en France, l’Opéra Orchestre national de Montpellier donne une ampleur nouvelle à la présence de la LSF sur une scène lyrique à l’occasion de sa nouvelle production de Don Pasquale en février 2019.

Proposition a été faite à Valentin Schwarz, metteur en scène, d’intégrer pleinement les deux comédiens LSF, Katia Abbou, Vincent Bexiga, à sa mise en scène. Ils ont été accompagnés par le regard extérieur de Delphine Saint Raymond, comédienne Sourde. Présence, costumes, rien ne les a distingué des autres artistes sur scène, sauf la langue. Les représentations étaient également surtitrées.

Opéra adapté en LSF par Katia Abbou, Vincent Bexiga
Regard extérieur : Delphine Saint Raymond

Gaetano Donizetti (1797-1848)
Livret de Giovanni Ruffini
direction musicale Michele Spotti
mise en scène et lumières Valentin Schwarz

Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie
mercredi 20 février à 20h
vendredi 22 février à 20h
dimanche 24 février à 15h
mardi 26 février à 20h

Retour de spectatrices :

« J’ai vraiment aimé l’opéra-bouffe. Le spectacle était magnifique. Katia et Vincent étaient au top. C’est une première pour moi ! Je vous remercie beaucoup d’avoir mis en place l’accessibilité pour les sourds avec le surtitrage et les comédiens LSF sur scène. J’ai ainsi pu comprendre l’histoire sans difficulté avec beaucoup d’émotions. Maintenant je sais ce que c’est l’opéra. Cela me donne envie d’en découvrir encore plus. J’espère qu’il y en aura d’autres encore. » Stéphanie Guéret

« Bonjour, un grand merci d’avoir pu organiser l’accessibilité de Don Pasquale à l’opéra de Montpellier. Je suis parisienne et je me suis rendue à Montpellier exprès pour ce spectacle et je n’ai pas été déçue. La prestation, que dis-je la performance de Katia et Vincent est juste époustouflante ! C’est un superbe spectacle. Katia et Vincent ont complètement intégrés le spectacle sans pour autant gêner la mise en scène ! Les comédiens ne sont pas gênés, tout le monde a sa place dans ce spectacle. Une belle prestation. J’espère que cet opéra se déplacera partout en France. » Frédérique Abelin

Plusieurs médias parlent du projet :
operaonline
France musique

Le théâtre qui n’a pas froid aux yeux

Le théâtre qui n’a pas froid aux yeux

Des étudiants en journalisme sont venus me rencontrer, il y a quelques semaines, pour en savoir plus sur l’audiodescription. Ils ont eu l’opportunité de rencontrer les spectateurs et d’écouter l’audiodescription d’Un instant au Théâtre Gérard Philipe. Ils partagent avec nous leurs impressions. Merci à Hugo Hebbe, Matt Finance, Clément Serrière pour la rédaction de cet article.

“On est où là ?” s’interroge Monique, jeune septuagénaire. “On est au premier rang, en face de la scène” lui répond son accompagnatrice tout en la guidant par la main. Le handicap de Monique l’empêche de voir. Elle est pourtant venue assister à une représentation de “Un instant” au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis.

Autour d’elle, d’autres personnes malvoyantes s’installent sur les sièges en bois ornés de coussins rouges. La pièce est décrite par le metteur en scène Jean Bellorini, écharpe au cou et tenue décontractée. C’est lui qui éclairera à son public si particulier l’environnement qui les entoure. “Vous êtes dans un lieu marqué par le temps, les murs craquelés qui vous entourent et les décors de ce théâtre reflètent le sujet de ma pièce, les souvenirs”. Par ses mots, Monique visualise une salle de spectacle bâtie à partir d’un bois noir couleur charbon. La scène, quant à elle, est riche par son originalité avec plus d’une centaine de chaises empilées d’un bout à l’autre, ainsi que par ses détails. “Côté cour, il y a une sorte de cabane en hauteur dont les murs sont tapissés de liège pour insonoriser la pièce des bruits extérieurs. Cela représente le lieu de travail de Proust. Vous comprenez ce que je dis ?”. Côté cour, côté jardin, le vocabulaire théâtral virevolte dans les esprits des spectateurs attentifs. “On voit très bien” confie Michelle aux côtés de son Berger Suisse blanc, “on voit même plus que vous”.

Sourires aux lèvres, les visiteurs sont invités à monter sur scène et à explorer le décor par le toucher. […] Jean Bellorini va même encore plus loin en expliquant certains secrets de mises en scènes, les trucages ingénieux ou encore la représentation des décors et le contexte qu’il souhaite leur attribuer. […]

Silence dans le casque, silence dans la salle. La pièce va commencer. […] Entre les tirades des acteurs, le récit s’enrichit de commentaires constructifs. “L’homme s’écarte un peu, en invitant d’un geste de tête la grand-mère à s’exprimer au public”. Décrivant une gestuelle et des mouvements imperceptibles, la voix procure la vue au spectateur à travers toutes les scènes jouées. Réplique. Voix off. Réplique. La pièce se déroule dans une mécanique théâtrale des plus classiques. Des rires émanent du public : la recette du porc au caramel de la comédienne  fait mouche. L’imagination développe des sentiments bien plus forts quand la pièce est aveugle. Tout le pouvoir de l’ouïe entre en action. Le visuel n’a plus d’importance. “Les chaises empilées contre le mur du fond illustrent une vie, faite de récits, d’histoires, d’écrits”. Les explications lancées dans le casque éclairent sur le sens des choix scéniques. L’ouïe devient alors le sens le plus fort du corps humain, et cette voix off omniprésente aboutit à un rapport inédit avec.

Dernière réplique. Les spots s’éteignent les uns après les autres. Les acteurs, souriant, apparaissent ensemble, se tenant par la main. Ils saluent le public avant d’être rejoints par le metteur en scène. De très longs applaudissements se font entendre, tandis que la voix accompagnatrice signale que la pièce se termine. L’ovation dure. Les lumières baissent enfin. Les comédiens, émus par l’accueil enthousiaste des spectateurs, disparaissent définitivement dans le noir de la scène. C’est au tour de Monique, Robert ou encore Michelle et son fidèle canin de quitter la salle. Les commentaires fusent, les impressions se partagent, le bonheur d’avoir vu cette pièce se ressent. “C’est terrible ! La fin était vraiment prenante”. L’expérience vécue par ces personnes oubliées offre un regard neuf sur le théâtre.

Une typo braille visible à l’œil nu !

Une typo braille visible à l’œil nu !

Une typographie braille que les voyants peuvent lire ? C’est possible grâce au designer japonais Koshuke Takahashi qui a imaginé une police, accessible aux voyants comme aux non-voyants en positionnant du braille sur des lettres de l’alphabet latin et japonais. L’idée de ce projet est d’implanter cette typographie aux signalétiques des Jeux-Olympiques de Tokyo en 2020. Mais ce n’est pas nouveau. D’autres graphistes avant lui avaient tenté l’expérience : Christophe Heller avec Visual Braille en 2009, Larysa Kurak avec Braille Font en 2014 et Nuria Lopez avec Blind words en 2015.

En voyant ça, j’ai voulu en savoir un peu plus sur le braille. J’ai des brochures par centaine au bureau. Avec mes collègues, les chiffres en braille n’ont plus de secret pour nous mais j’avais des doutes sur son origine. J’avais bien entendu parler de Louis Braille. Mais l’histoire de ce dispositif est assez incroyable. Louis Braille n’avait que 16 ans, quand il a développé ce dispositif en s’inspirant de la sonographie de Charles Barbier de la Serre. La sonographie qui avait, tout de même, vu le jour pour coder et lire des instructions militaires, la nuit, sans allumer sa lampe. Charles Barbier de la Serre avait présenté son dispositif à l’institution royale des jeunes aveugles et Louis Braille y avait tout de suite vu un intérêt. Le braille était né en 1829.

La présentation de saison des audiodescriptions

La présentation de saison des audiodescriptions

Au total, une centaine de spectateurs sont venus nous retrouver à Chaillot – Théâtre national de la Danse dans la nouvelle salle Firmin Gémier pour se faire une idée des spectacles avec audiodescription d’Île-de-France de la saison prochaine. Treize intervenants, responsables des relations publiques et responsables de l’accessibilité des théâtres parisiens, ainsi que des comédiens et un dramaturge sont venus présenter leur programmation, et ils nous ont bien mis l’eau à la bouche !

Au programme, audiodescriptions de théâtre, d’opéra et même de danse seront au rendez-vous à partir de septembre 2018 ! On ne vous en dit pas plus, tout est dans la brochure
Vous avez-déjà sélectionné vos spectacles pour l’année prochaine ? Sinon, n’hésitez pas à nous demander une brochure en braille ou gros caractère. Nous vous l’enverrons gratuitement par mail ou par courrier. Sinon, elle est consultable sur notre site et lisible par synthèse vocale.

Les comédiens Sourds dans les films

Les comédiens Sourds dans les films

Si j’avais un peu de temps, je regarderai bien tous ces films…
Quel travail de fourmis de repérer dans toutes ces fictions, documentaires, long et courts-métrages, des personnages ou des comédiens sourds, dans des rôles importants ou pour de brèves apparitions !

Un travail de recherche mené par Ruth KITCHEN (Marie Curie Fellow, EHESS, Paris) et Barbara FOUGERE (Doctorante en cinema, Paris 1). A retrouver sur le site de Retour D’image

A noter que le catalogue de Retour d’image, qui présente les films audiodécrits et sous-titrés et disponible pour la plupart en France est présenté dans la même rubrique du site de l’association.

John Schuchman auteur de Hollywood Speaks : Deafness and the Film Entertainment Industry et  Guy Jouannet auteur de L’écran sourd ont déjà répertorié un nombre important de films mettant en scène des personnages sourd depuis les  débuts du cinéma jusqu’à la fin des années 1990. Afin de poursuivre ce travail de recherche les deux chercheuses ont étudié les listes établies par IMDB mais également les catalogues de festivals de culture Sourde tels que Clin d’oeil et la sélection « Monde des Sourds » du festival de Douarnenez,  ainsi que le catalogue constitué par l’équipe de Retour d’image et la base de données de l’Université de Gallaudet.

Les films sont listés par ordre alphabétique.
Lorsqu’elle n’est pas explicite, la place du personnage sourd est mentionnée à la suite du résumé. Certains films étant disponible en libre accès, un lien pour le visionner est parfois ajouté.

À la découverte du plateau du spectacle « Le Jeu de l’amour et du hasard »

À la découverte du plateau du spectacle « Le Jeu de l’amour et du hasard »

Jeudi 15 mars 2018, nous sommes partis à la découverte du plateau du spectacle Le Jeu de l’amour et du hasard avec Amélie Chapleau du Théâtre de la Porte Saint-Martin et Hervé Mayon, l’artisan d’art qui a réalisé toute la végétation du décor.
Lors de la visite tactile du Jeu de l’amour et du hasard, célèbre pièce de Marivaux, mise en scène par Catherine Hiegel, nous avons eu l’occasion de toucher des éléments de costumes conçus par Renato Blanchi. Des costumes en feutre, en dentelle ou encore en cuir représentent les vêtements des bourgeois du XVIIIème siècle.

Les personnes aveugles et malvoyantes présentes lors de la visite ont pu découvrir le décor de la pièce, un jardin classique avec des arbres artificiels plus que vrais que nature, imaginés et conçus par Hervé Mayon, des ateliers de La Licorne Verte. La conception de ces arbres a nécessité un mois et demi de travail. L’artisan a accepté de nous parler de son métier autour d’un thé que nous avons partagé ensemble. Autodidacte, il réalise des arbres semi-artificiels avec du bois récupéré. Il réalise ses œuvres pour le théâtre, mais aussi pour des salons, des entreprises et des évènements privés. Une visite inédite pour des spectateurs qui ont ensuite pu profiter de la pièce avec un programme détaillé.